« Jean-Paul Hameury fut un écrivain discret, se tenant résolument à l’écart jusqu’à refuser, du moins sur ces dix dernières années, des propositions de lecture en public ou des participations à des émissions de radio. Il lui suffisait de travailler. L’œuvre abondante qu’il nous laisse en témoigne. Elle se décline d’abord en une quinzaine de recueils de poèmes et en plusieurs essais sur la peinture. Ses artistes de prédilection se nomment Cézanne, de Staël, Vermeer ainsi qu’Edward Hopper. Il n’eut de cesse de s’interroger sur la situation de la poésie dans les temps présents. (…)
Prendre parole pour lui, c’est maintenir l’errance (titre de son dernier recueil) afin de rendre visible ce qui est. Le monde, dit-il, n’attend rien de nous, il se contente d’être là et c’est une erreur d’affirmer qu’il se donne à voir, il ne se donne, ni se refuse, il est présent. C’est cette présence non édulcorée ni dénaturée par nos désirs, nos habitudes qu’il s’est continûment attaché à rendre visible. Parallèlement à cette démarche, il a produit des essais sur notre modernité : Illusions et mensonges et Regards sur le temps présent. (…)
Ses deux récits Macchab et L’Empire mettent en scène des personnages parfois clownesques, toujours veilleurs, victimes, mais également témoins. « Nous avons des folies raisonnables, des désirs maîtrisés. L’important, ici, pour tous, c’est de durer quelles que soient les infamies quotidiennes. ». Les recueils de nouvelles s’inscrivent dans la même grille. (…)
Hameury, homme du retrait, s’applique méthodiquement à s’affronter au vide, porté certainement par la nécessité de se défaire de tout désir comme de toute crainte. L’ensemble des livres est publié aux éditions Folle Avoine, mais je ne saurais oublier le recueil de poèmes Brûlant Seul paru à Genève aux éditions La Dogana. Citons également Le Gardien du Feu ( prose) publié à Rennes chez Wigwam, un recueil d’aphorismes paru à l’atelier de La Feugraie, et deux recueils de poèmes – Exils et Requiem – publiés conjointement par Yves Prié et Thierry Bouchard. »
Michel Dugué ( « Autre Sud », septembre 2009 )