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Photo: Laure Hinckel

Marta Petreu

"Je reconnais que cet aveu impur
sort de moi-même et se verse dans mon sang
je sens que cette existence résiduelle
que ce superbe rapport
est la matière première de mon moulin :
entre les hémisphères cérébraux s’écoule jour et nuit
le son"


Poèmes sans vergogne, Editions Le Temps qu'il fait


Marta Petreu, née en 1955 en Transylvanie, vit à Clùj où elle est professeur de philosophie à l'Université. Elle est par ailleurs rédactrice en chef de la revue littéraire Apostrof.
Elle a publié des essais (Un passé mal vu ou la transfiguration de la Roumanie, 1999 ; Ionesco dans le pays du père, 2001 par exemple) et une dizaine de recueils. Sa poésie dit la difficile et parfois l’impossible liberté d’être femme, créatrice et critique quant au politique et à la religion (son père adhère en 1945 au culte néo-protestant).

Sergio Raimondi

El grillo incomprendido

Como si se le hubiera hecho difícil soportar
la fama de su cotidiana capacidad musical,
el grillo que habita la case desde hace días
se niega a frotar la textura ondeada de un ala
contra el afilado borde de la otra en el ejercicio
que vaya a saber desde cuándo es conocido
como « canto », y se vuelve así algo temerario,
ya que por la semejanza de color, la inmovilidad
al encenderse la luz del baño, la falta de lentes
de quien se levanta en mitad de la noche
y la ausencia, como decía, de su sonido habitual,
se confunde con facilidad con una cucaracha.

 

Poesía civil, Vox 2001


Le grillon incompris

Comme s’il lui était devenu difficile d’assumer
la réputation de sa capacité musicale quotidienne,
le grillon qui habite la maison depuis plusieurs jours
se refuse à frotter la texture onduleuse de son aile
contre le bord effilé de l’autre dans cet exercice
qui allez savoir depuis quand est appelé
« chant », et il se montre en cela plutôt téméraire,
parce qu’avec la ressemblance de couleur, son immobilité
quand s’allume la lumière des toilettes, le manque de lunettes
de qui se lève au milieu de la nuit
et l’absence, comme je disais, du son qu’il émet d’ordinaire,
on peut facilement le prendre pour un cafard.

                            
Traduction : Rémy Jacqmin


Sergio Raimondi est né à Bahia Blanca en 1968, il a publié Poesia civil (VOX, 2001), traduit en allemand et édité en 2005 par WVB, Berlin. Il a traduit Catulle (Catulito, VOX, 1999) et a écrit sur Sarmiento, Alberti, Lamborghini et Olivia entre autres. Il est coordinateur du Museo del puerto de Ing.White et professeur de littérature contemporaine à l'Université Nationale del Sur ( la seule université de Patagonie).

Printemps des poètes

Travesias

Nació en 1968. Es integrante de los Poetas Mateistas. Publico algunos poemas en la revista Diario de Poesía y en la antología Poesía en la Fisura, y una traducción de fragmentos de Paterson de W.C. Williams en la revista whiskys, Poesía civil (Vox, 2001), que fue traducido al alemán y editado en 2005 por el sello WVB de Berlín. Ha traducido a Catulo (Catulito, Vox, 1999) y escrito sobre Sarmiento, Alberdi, Lamborghini, Oliva y otros.. Actualmente dirige el Museo del Puerto de Ingeniero White y es profesor de Literatura Contemporánea en la Universidad Nacional del Sur.


Denis Rigal

Certains soirs de morte-eau
des cris viennent, des voix, exténués;

l'univers papote, un peu d'écume
jaunâtre aux commissures,
que le vent n'essuie plus.

Soudain, la mer est vieille.

Un jour ou l'autre,
la lune tombera dedans
et tout sera fini.

Estran, Editions Wigwam

 

médiathèque Plélan-Le-Grand


Denis Rigal est né en 1938 en Haute-Loire et vit en Bretagne où il a enseigné l'anglais à l'Université de Bretagne Occidentale. Il a publié plusieurs recueils de poèmes aux éditions Wigwam, Rougerie, Folle Avoine, HB, ou Gallimard ainsi que plusieurs traductions d'auteurs irlandais.

wikipédia

 

Dominique Robert

L'île


DOMINIQUE ROBERT

Dominique Robert est née en 1957,elle a grandi dans l’Outaouais. Détentrice d'un brevet d'enseignement, elle enseigne le français depuis 1991 à l’école secondaire Marie-Anne (Commission scolaire de Montréal), une école pour élèves qui éprouvent des difficultés scolaires. En 2000, elle s'est mérité le prix Jean-Bureau pour son mémoire de maîtrise en création au département d'études littéraires de l'Université du Québec à Montréal, où elle continue ses recherches sous la direction de René Lapierre en vue de rédiger une thèse sur le poète et la figure de l’idiot. Depuis de nombreuses années, elle œuvre dans le milieu de l'édition, notamment comme réviseure et correctrice de textes, et plus récemment comme assistante éditrice aux Éditions Les Herbes rouges. Depuis 1990, elle a publié aux Herbes rouges deux recueils de nouvelles et quatre de poésie, dont le plus récent Leçons d'extérieur, paru en mai 2009. Boursière à quelques reprises du Conseil des arts et des lettres du Québec ou du Conseil des arts du Canada, elle fut finaliste au Prix de poésie Terrasses Saint-Sulpice de la revue Estuaire 2000 pour Caillou, calcul, livre qui lui valut le prix du restaurant l'Académie 2001. La parution de son premier roman, Chambre d’amis, est prévue aux Éditions Les Herbes rouges au printemps 2010

photo fabula.org

Jacques Roubaud I

DE NOS OISEAUX

I
Nous sortions dans le jardin
Du toit sortaient les dindoulettes
On entendait chanter les gadilles
On entendant chanter les petits larderons
Et la passe-buse
et la nigrette


 


II
On entendant le chant de la nigrette
Quand nous sortions dans le jardin
Et le chant de la passe-buse
On entendait chanter les petits larderons
et les gadilles.


III
On entendait chanter les gadilles
Et la nigrette
Quand nous sortions dans le jardin
Et le chant de la passe-buse

IV
Chantait la passe-buse
Entre les gadilles
Quand nous sortions dans le jardin


V
Je me souviens du chant de la passe-buse
Dans le jardin


VI
Silence dans le jardin



dindoulette : hirondelle
gadille : rouge-gorge
larderon : petite mésange bleue
passe-buse : fauvette d’hiver
nigrette : merle


Jacques Roubaud, in États provisoires du Poème, IX, ″Détruire, construire, reconstruire, Cheyne Éditeur, 2009
Poezibao


"On sait que Jacques Roubaud, connu pour sa participation à la modernité "formaliste", se montre très soucieux de situer sa propre pratique, qu'il entend comme réaffirmation de l'exigence de poésie et d'autonomie de la poésie, dans un contexte, externe et interne, plutôt défavorable ou hostile, et de la situer par rapport à une tradition formelle dont il se veut à la fois l'historien, le théoricien et l'acteur. C'est ainsi qu'il s'est consacré à des travaux de «seconde rhétorique» sur la forme du sonnet français de Marot à Malherbe, et surtout à la remise en évidence de la lyrique provençale du XIIème siècle, de l'« art formel des troubadours», chez qui il voit la source vive de toute poésie qui reste à inventer, à « trouver ». Curieusement, s'agissant de ce réinvestissement nécessaire d'une partie de l'héritage, il se plaît à parler d'« archaïsme»:

On peut penser la poésie à travers les troubadours, leur exemple. La poésie la plus contemporaine, pour survivre, doit se défendre de l'effacement, de l'oubli, de la division, par le choix d'un archaïsme: «l'archaïsme du trobar est le mien»." Sorties, Jean-Marie Gleize


Né en 1932. Poète, romancier, dramaturge et traducteur. - Professeur de mathématiques à l'Université Paris X (en 1991). Premier membre coopté dans l’OuLiPo (le fameux atelier de la littérature expérimentale) en 1966, il a été également le cofondateur de l’ALAMO en 1981.

Le Printemps des Poètes

Wikipédia

 

photo © Patrick Beauchamp

JOËL DES ROSIERS
 
l'enfant avait porté la blessure à ses lèvres
l'enfant avait porté la blessure à ses lèvres
on crut au miracle le père de ma mère cita Éloges
ah! les cayes plates, nos maisons la ville des Cayes
où je suis né blessé aux mains se trouve encore
sur le finistère au bout de la langue de terre
sur la presqu'île d'où vient le paradis
à l'extrême bout de la langue (Vétiver, 1999)
on crut au miracle le père de ma mère cita Éloges
ah! les cayes plates, nos maisons la ville des Cayes
où je suis né blessé aux mains se trouve encore
sur le finistère au bout de la langue de terre
sur la presqu'île d'où vient le paradis
à l'extrême bout de la langue (Vétiver, 1999)

Né aux Cayes (Haïti) le 26 octobre 1951, descendant d'un signataire de l'Acte d'indépendance, Joël Des Rosiers passe son adolescence au Canada quand sa famille gagne l'exil et partira faire des études à Strasbourg où il se lie à la mouvance situationniste au début des années 70.
Médecin, poète et essayiste, il parcourt le monde, en particulier un long voyage au Sahel, avant de publier aux éditions Triptyque divers recueils de poèmes dont Tribu, Savanes et un essai Théories Caraïbes
Sa poésie qui procède de mystères et de sacrifices est en même temps travaillée par d'extrêmes tensions qui se mêlent étrangement à une érudition apparemment clinique où la mélancolie de la chair s'offre à se commuer en deuil, en cérémonie religieuse et sensuelle.

Il reçoit en 1999 le Grand Prix du livre de Montréal pour Vétiver.

Depuis 1996, Joël Des Rosiers est vice-président de l'Union des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ) où il est membre du Conseil d'administration depuis 1993. Il a aussi été vice-président de la Société Littéraire de Laval de 1991 à 1995

L'île

wikipédia

Alain Roussel

"J'écoute la rumeur qui monte des choses. La pensée vide, j'entre en résonance. La parole peut jaillir d'une simple motte de terre ou d'un reflet dans la vitre. Ce ne seraient d'abord que des murmures épars, des chuchotements qui lentement se rassembleraient et finiraient par former un début de phrase encore balbutiante. Puis, de ruisseau, la petite voix deviendrait rivière et fleuve. Chargée d'alluvions, peut-être de pépites, la phrase prendrait de l'ampleur, se laisserait porter par le courant jusqu'à la haute mer. Dans les remous de la langue ainsi forgée, l'écriture du monde serait fragile et menacerait à chaque instant de se noyer, de sombrer dans l'abîme, mais chaque fois elle se redresserait avec la vague, s'élançant en biais dans la lumière vers un point de toute façon innommable, une ponctuation pour le silence. "

La voix de personne, Ed Lettres vives


La vie privée des mots

pleutil

Valérie Rouzeau

A Alvaro de Campos
Avec toute ma gratitude à l'ami Olivier Bourdelier qui m'anagramma mon nom oie rêve à l'azur

Maintenant je regarde les samares tomber des arbres en tourbillonnant
Tomber aussi joliment ce n'est pas donné à tout le monde
Chez Robert j'ai trouvé les samares mais pas de monstres
ni d'encombrants
Je me souviens de ce bouquet d'anémones
J'avais cru que le cœur de mon amant était dedans
La croix verte de la pharmacie clignote en plein jour
énormément
Robert n'est qu'un ami et mon amant m'oublie

Apothicaria, Editions Wigwam


VALERIE ROUZEAU
Quand je me deux

Quelque chose cloche ou boite à vide
Manque la neige l'élément heureux sans paternel sempiternel
La neige et puis ensuite le boueux l'avant printemps le presque bleu
L'empreinte fauvette de joie peut-être

La route du berceau à la tombe offre quelques méchants cailloux
Des blessants cailloux par milliers
Oui n'oublient nos petits souliers
De la poussette au tumulus du joli lange au cumulus
De la laine du mouton au marbre au dernier souffle évaporé
Nous ne savons pas ce que c'est.

Editions Le temps qu'il fait

Jacques Josse sur remue.net



VALERIE ROUZEAU, ENJOLIVEUSE

Je, vous, nous sommes nombreux à attendre de chaque nouveau livre de Valérie qu'il embellisse nos vies. Si la beauté est dans l'oeil de celui qui regarde, dans la bouche de celui qui parle, cette parole et ce regard-là sont la grâce de Valérie.
Qu'elle se deuille, quand elle se deut sa conjugaison des douleurs est une caresse qui console ; compagnons secourables, "Pas revoir" et "Apothicaria", le livre de la perte du père et la romance de la mal-aimée.
Poète des peines lourdes, elle est aussi attentive au vivace léger du monde. Aurions-nous vu sans elle quatre pieds de carotte levés dans le trottoir, la bourrache levée d'un parpaing creux, la rose éclose dans la cour grise, qu'elle nous révèle au fil des strophes d'"Eden, deux, trois, émoi" ?
Les mots font merveille. Trouvailles, brillance, ça virevolte, voltige haut. On voudrait en vain faire la part de ce qui relève de la spontanéité fraîche de l'enfance et d'une science sure (cf "Mange-matin", son farfadet savamment espiègle). Virtuosité, mais l'effet n'est jamais forcé. La prouesse du poème : être à la fois inouï et évident - c'est à dire neuf absolument, en même temps qu'absolument naturel et facile.
A Valérie les inventions dans le rythme, le lexique, les images. A nous en partage l'émotion douce ou grave, la surprise joyeuse et l'offrande souriante d'une langue à l'envi revivifiée.
Olivier Bourdelier


"Valérie Rouzeau se fabule d’un texte comme de la vie aussi fabuleusement qu’il l’est nécessaire pour tordre au réel sa serpillière. Elle rosse comme personne tout ralentissement cardiaque. Coeur au pied de guerre dans l’écriture et jusque dans la vie. D’une famille de récupérateurs et ayant adopté dans sa généalogie familière : Robert Desnos, Lewis Carroll, Guillaume Apollinaire, Sylvia Plath, William Carlos Williams, et tant d’autres. Ses poèmes piquent autant dans le parlé qu’ils creusent la profondeur de l’écrit. Illimités dans leur expérience. Ou justement si, rivés à l’expérience de langue pour en transgresser l’usage le plus familier et  l’envelopper d’une disproportion fantastique : celle du poème. On peut la lire dans Pas revoir, on ne peut déjà plus la lire dans Va où. On peut aussi la lire dans Apothicaria, Kekszakallu, Récipient d’air. On peut l’entendre dans le CD « Valérie Rouzeau lit ses poètes » (Ed. du Temps qu’il fait). (On peut même écouter quelques chansons qu’elle a composées pour les derniers albums du groupe Indochine). "
Nolwenn Mesnard

* Née le 22 août 1967 à Cosne-sur-Loire (Nièvre)
* Titulaire d’une maîtrise de traduction littéraire
* Écrit, traduit des poèmes
* Lectures publiques, lectures radiophoniques
* Nombreuses rencontres poétiques et ateliers dans les établissements scolaires, notamment dans le cadre des opérations « L’Ami littéraire » et « Poètes dans la classe » de la Maison des Écrivains. A publié des poèmes et des articles dans diverses revues dont L’Insolent, Décharge, Travers, Poésie 98, Triages, Propos de Campagne, Plein Chant, La Polygraphe, Arcade (Québec), Petite, La Sape, Neige d’août, Duelle, Ecrit(s) du Nord, L’Atelier contemporain, La Quinzaine littéraire, Rehauts, Formes poétiques contemporaines, L’Alambic, Le Barbecue, Atelier (Italie) etc.
Assure la chronique radio du Matricule des Anges depuis septembre 2003, en alternance avec Christian Prigent pour la télévision.
Poésie
Le monde immodérément, avec Lambert Schlechter, Nuit Myrtide éditeur, 2004
Kékszakallu, Les Faunes éditeurs, 2004

Essai et varia
Sylvia Plath, un galop infatigable, Jean-Michel Place, 2003
L’Arsimplaucoulis, délice des Carpates, avec Éric Dussert, Fornax, 2003

Traductions
La Traversée in Arbres d’hiver, de Sylvia Plath, poésie/Gallimard, 1999, 2000
Électre sur le chemin des azalées, de Sylvia Plath, Unes, 1999
Le Printemps et le reste, de William Carlos Williams, Unes, 2000
Je voulais écrire un poème, de William Carlos Williams, Unes, 2000.

Et puis...